
Pourquoi les prix sont-ils si élevés ?
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les cours du pétrole brut ont bondi, passant d’environ 70 dollars fin février, avant les hostilités, à près de 100 dollars aujourd’hui. Et les carburants issus du raffinage (diesel, kérosène d’aviation, essence) subissent des pressions encore plus fortes.
Au-delà de leur rôle de producteurs essentiels d’or noir, les pays du Golfe sont en effet devenus d’importants exportateurs de produits raffinés, une source d’approvisionnement dont l’Europe s’est davantage rapprochée depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.
Or, l’explosion du coût du fret maritime, due aux risques encourus par les navires en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz, rend désormais ces exportations de produits raffinés du Golfe non viables financièrement.
Les navires adaptés aux transports de produits raffinés transportent beaucoup moins de barils que ceux de pétroliers classiques. Résultat pour les entreprises: «le surcoût de transport grimpe à environ 50 dollars par baril», avait expliqué fin août le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné.
À cela s’ajoutent les attaques répétées de drones ukrainiens contre les raffineries russes, qui réduisent fortement l’offre mondiale de produits raffinés, en particulier de diesel (appelé aussi gazole). Pour éviter toute pénurie, les pays cherchent à sécuriser leurs approvisionnements, une course qui fait flamber les prix et gonfler les marges des raffineurs.
D’où viennent les écarts entre pays ?
Ce sont surtout les taxes nationales qui expliquent les écarts de prix d’un pays à l’autre.
«L’Europe, en particulier, est un gros taxeur de carburants», avec un plancher minimal de taxation par litre de 33 centimes pour le gazole et de 35,9 centimes pour le sans plomb dans l’UE , «plus la TVA», d’au moins 15% en Europe (20% en France), explique à l’AFP Julien Mathonniere, économiste chez Energy Intelligence. «Chaque pays de l’UE peut ensuite ajouter ses propres taxes», poursuit l’analyste, ce qui peut mener à des différences considérables à la pompe.
En Europe, «plus des deux tiers du prix sont souvent des taxes»
Le 14 Septembre, selon les données de Bruxelles, un litre de diesel valait de 1,21 euros à Malte (très largement en dessous des autres pays) à près de 2,51 euros en Finlande. Il s’affichait aussi à 1,83 euros en Espagne, à 2,29 en France et à 2,43 en Allemagne. Au Luxembourg, le prix ce jour-là était de 2,123€ pour un litre de diesel et 1,793€ pour un litre de SP95.
En Europe, «plus des deux tiers du prix sont souvent des taxes», selon M. Mathonniere.
C’est ce qui explique qu’actuellement «les prix du diesel sont en réalité plus élevés en Europe qu’en Asie, alors même que l’Asie est plus directement touchée par le conflit impliquant l’Iran», affirme à l’AFP Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management.
Les coûts de transports et de production pèsent aussi, mais à la marge: les prix avant l’application des taxes par les Etats «ne peuvent pas trop diverger», sinon les vendeurs achemineraient toujours le carburant vers les marchés où les prix sont plus élevés, ajoute l’analyste.
Le cas du Luxembourg est justement détaillé dans cet épisode de notre série «On vous explique».
Quelles réponses en Europe ?
Certains pays, comme le Portugal ou la Roumanie, ont choisi de réduire directement les taxes sur les carburants pour amortir la hausse à la pompe. C’est également le cas du Luxembourg, avec un coup de pouce de cinq centimes par litre.
D’autres, comme la France, privilégient jusqu’à présent des aides ciblées. La Bulgarie a par exemple annoncé qu’environ 550.000 citoyens vulnérables recevront un versement unique de 50 euros pour compenser cette hausse.
À l’échelle de l’Union européenne, la priorité semble plutôt de protéger les filières les plus exposées à la hausse des prix: la Commission européenne a ainsi autorisé des aides d’État en faveur de l’agriculture, de la pêche et des transports.
Le président français, Emmanuel Macron, a par ailleurs adressé un courrier à Ursula von der Leyen pour tenter d’infléchir certaines règles européennes, réclamant notamment un «assouplissement» des normes de qualité des carburants. Mais sans amélioration géopolitique les prix pourraient encore monter.

