Andy Warhol n’a jamais cessé de dessiner, à rebours de son image de « machine » à sérigraphies : l’exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image », au musée du Luxembourg, dévoile cette facette méconnue de son œuvre.
Deux ans avant les célébrations du centenaire de la naissance d’Andy Warhol (1928-1987) attendues en 2028, deux institutions françaises, le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture (« Warhol à Landerneau, du 6 juin au 24 janvier 2027) et le musée du Luxembourg (16 septembre-10 janvier 2027) ont choisi de mettre en avant le chantre de la société de consommation, et le thuriféraire des grandes marques de l’American Way of life, des canettes Coca-Cola, des boîtes de lessive Brillo, et autres soupes Campbell. Toutes deux ont largement puisé, pour alimenter leurs expositions, dans les collections du musée Andy Warhol de Pittsburgh, la ville natale de l’artiste.
Le dessin, angle mort de sa légende
Le musée du Luxembourg entre en scène, cet automne, en mettant l’accent sur le dessin, une facette beaucoup moins connue de l’œuvre d’Andy Warhol qui se disait vouloir « être une machine » et avait privilégié la reproduction photosérigraphique. « S’agissant d’un artiste qui avait fini par donner aux procédés mécaniques une prééminence décisive, le parti pris peut paraître téméraire », glisse Alain Cueff, le commissaire de l’exposition dans un texte du catalogue, avant de poursuivre en soulignant qu’il s’agit d’une technique qui suppose « une forme d’expressivité » contraire au « détachement » et au « devoir d’indifférence que professait Warhol ». La précédente importante exposition dédiée à son œuvre dessinée remonte à près de trente ans. Elle s’était tenue, en 1998, au Kunstmuseum de Bâle qui avait privilégié une présentation chronologique.
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Vue de l’exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image » au musée du Luxembourg, 2026. Photo : © Simon Lerat pour GrandPalaisRmn, 2026
Un fil rouge des années 1950 à Mao
Pourtant, dès ses débuts, dans les années 1950, le dessin occupe une place de choix dans son œuvre. Outre les illustrations publicitaires, Warhol multiplie les portraits, les scènes de genre et les caricatures. Au début des années 1960, le dessin est éclipsé par la peinture et ses multiples engagements dans le monde de la photographie, du cinéma, de la musique et de l’édition. Celui-ci revient au premier plan, dans les années 1970, notamment avec ses feuilles préparatoires à ses portraits de commande comme celui de Mao. Dans les années 1980, il réalise de nombreux autoportraits, des portraits de Lénine et des œuvres emblématiques autour de La Dernière Cène de Léonard de Vinci.
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Vue de l’exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image » au musée du Luxembourg, 2026. Photo : © Simon Lerat pour GrandPalaisRmn, 2026
150 dessins et une pointe d’humour inattendue
L’exposition du musée du Luxembourg réunit près de 150 dessins, une dizaine de peintures, des sérigraphies sur papier, des photographies et des documents d’archives. Certaines de ses feuilles sont des études préparatoires, d’autres des travaux publicitaires, des esquisses et projets ou encore des œuvres auto-promotionnelles. Nombre d’entre elles sont pleines de fantaisie, d’humour et de nonchalance. Comme ce dessin figurant une chaussure de femme à talon, transformée en voiture de sport, conduite par une femme apprêtée, alors que son mari, fume un cigare, alangui à l’arrière du véhicule, perché tout en haut du talon. (Shoe on Wheels with Two Figures, autour de 1955).
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Andy Warhol, Feet and Campbell’s Soup Can, vers 1961 © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. Licensed by ADAGP, Paris 2026
Trop iconiques pour être dessinées
Warhol alterne entre une ligne claire pour les dessins érotiques et une ligne dite tamponnée (report par décalque d’un dessin original sur une autre feuille) pour ses œuvres destinées à la publication. « Pour Andy Warhol, le dessin constitue un irremplaçable exercice du regard, sans cesse recommencé, », souligne Alain Cueff qui a, de son côté, pris le parti d’un éclairage thématique. Ainsi, une des cinq sections du parcours est consacrée à ses visages et masques aux cadrages resserrés effaçant toute expression de sentiments.
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Vue de l’exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image » au musée du Luxembourg, 2026. Photo : © Simon Lerat pour GrandPalaisRmn, 2026
Comme celui de l’actrice Ginger Rogers (1962), yeux écarquillés et sourire figé, ou celui, réalisé à l’encre et à la feuille d’or colorée, vers 1950, figurant une jeune femme réduite à une simple silhouette. On y retrouve aussi des autoportraits, comme celui de 1956 où il s’emploie à ajouter du volume à ses cheveux qu’il trouve trop rare et à amincir son nez bulbeux qu’il ne supporte pas. Mais aucune de ses célébrissimes Marilyn Monroe, Elizabeth Taylor et Jackie Kennedy. Il n’a jamais dessiné ces stars iconiques, « archétypes de la séduction et du tragique, étoiles intouchables, qui ne peuvent d’accommoder de la familiarité que présuppose le dessin », souligne Alin Cueff.
Le teaser de l’exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image »
Le langage, autre matière première
Une autre section est dédiée aux écritures qui occupent une place prépondérante dans son œuvre. On y retrouve, dans les années 1950, l’écriture gauche et irrégulière de sa mère, des alphabets et des signes omniprésents comme celui du dollar roi, des logos comme dans The last supper (Be a somebody with a body) se saisissant d’une typographie commerciale de fantaisie, et des collages, comme Feet et hand (vers 1959) réunissant des bribes d’un discours.
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Vue de l’exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image » au musée du Luxembourg, 2026. Photo : © Simon Lerat pour GrandPalaisRmn, 2026
Masques mortuaires
Après avoir failli perdre la vie, en 1968, dans un attentat, le thème de la mort devient omniprésent dans l’œuvre de Warhol. En 1976, il réalise la série des « Skulls » en s’inspirant des photographies d’un crâne acheté chez un antiquaire. En 1978, il se livre à une série d’autoportraits, les Selfs-portraits with skulls. En 1986, peu de temps avant sa mort, il exécute ses Self Portraits-Fright Wig où il se montre, sur fond noir en plan serré, flanqué d’une perruque ébouriffée. Des autoportraits qui rappellent des masques mortuaires.
- Où et quand se tient l’exposition consacrée aux dessins d’Andy Warhol ? L’exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image » se tient au musée du Luxembourg à Paris du 16 septembre 2026 au 10 janvier 2027. Elle est présentée en parallèle d’une autre exposition consacrée à l’artiste au Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture à Landerneau, visible du 6 juin au 24 janvier 2027. Les deux institutions ont largement puisé dans les collections du musée Andy Warhol de Pittsburgh, ville natale de l’artiste.
- Pourquoi le dessin est-il considéré comme une facette méconnue de l’œuvre d’Andy Warhol ? Andy Warhol s’est fait connaître par la reproduction photosérigraphique et se disait vouloir être une machine, ce qui a relégué son travail de dessinateur au second plan de sa légende. Selon le commissaire de l’exposition Alain Cueff, cette technique suppose une forme d’expressivité contraire au détachement et à l’indifférence revendiqués par l’artiste. La précédente exposition d’ampleur consacrée à son œuvre dessinée remontait à 1998, au Kunstmuseum de Bâle.
- Combien d’œuvres sont présentées au musée du Luxembourg et de quelle nature sont-elles ? L’exposition réunit environ 150 dessins ainsi qu’une dizaine de peintures, des sérigraphies sur papier, des photographies et des documents d’archives. Ces pièces comprennent des études préparatoires, des travaux publicitaires, des esquisses et projets ainsi que des œuvres auto-promotionnelles. Le parcours est organisé en cinq sections thématiques plutôt que selon un ordre chronologique.



